De retour d’une mission officielle aux États-Unis, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a mis en lumière, lors d’un point de presse tenu à l’aéroport international Toussaint Louverture, ce jeudi 17 juillet 2025, les enjeux majeurs liés à la situation des Haïtiens vivant aux États-Unis. Il a notamment évoqué le Statut de Protection Temporaire (TPS), le programme « Humanitarian Parole », ainsi que les menaces croissantes d’expulsions massives.
TPS : une protection cruciale pour plus de 500 000 Haïtiens
Le TPS est un mécanisme qui permet aux ressortissants de pays en crise de résider et de travailler légalement aux États-Unis pour une durée déterminée. Pour plus de 500 000 Haïtiens, ce statut représente un bouclier vital face à la violence, au chaos politique et à la crise humanitaire que traverse Haïti.
Lors de sa tournée à Washington, le Premier ministre Fils-Aimé a exhorté l’administration américaine à prolonger et à élargir la portée du TPS, mettant en avant l’incapacité actuelle d’Haïti à réintégrer un afflux massif de migrants expulsés.
« Nous ne sommes pas prêts à recevoir des dizaines de milliers de compatriotes expulsés, surtout dans le contexte sécuritaire actuel », a-t-il reconnu.
Un report confirmé, mais temporaire
Dans la foulée de cette visite diplomatique, le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) a confirmé, par communiqué officiel, le report de la fin du TPS pour Haïti jusqu’au 3 février 2026. Initialement, l’administration Trump prévoyait de mettre fin à ce programme au 2 septembre 2025. Cette prolongation intervient à la suite d’une ordonnance judiciaire rendue début juillet par un juge fédéral de New York, saisie par plusieurs organisations communautaires et religieuses haïtiennes.
Si ce report constitue un sursis bienvenu, la menace d’une suppression définitive du programme reste réelle, en l’absence d’un renouvellement officiel par le Congrès ou la Maison Blanche.
Autre dossier sensible, celui du programme Humanitarian Parole, mis en place en 2023 par l’administration Biden. Cette mesure vise à permettre à certains migrants d’entrer temporairement aux États-Unis pour des raisons humanitaires urgentes. Si plusieurs milliers d’Haïtiens en ont bénéficié, les critiques sont nombreuses: refus arbitraires, lenteurs administratives, inégalités de traitement. Le Premier ministre a plaidé pour une amélioration significative des conditions d’accueil et de suivi, dénonçant les discriminations subies par les bénéficiaires et leur vulnérabilité face à l’isolement social.
Fils-Aimé a réaffirmé que la défense des droits et de la dignité des Haïtiens vivant à l’étranger constitue une priorité diplomatique majeure de son gouvernement. Il appelle à un dialogue renforcé entre les missions diplomatiques haïtiennes (à Washington, Tabarre) et les autorités américaines, tout en soulignant le rôle clé des organisations haïtiennes de la diaspora dans la défense des migrants.
Une réalité difficile à affronter seul
Malgré la détermination affichée, le Premier ministre a reconnu les limites actuelles de l’État haïtien, notamment en matière de sécurité, de logement, et de réinsertion sociale. « Dans les conditions actuelles, Haïti ne dispose ni des capacités d’accueil ni des infrastructures nécessaires pour gérer des retours massifs », a-t-il admis.
Ce constat a renforcé son appel à la communauté internationale et aux élus américains pour une approche pragmatique, humaine et durable dans la gestion des flux migratoires haïtiens. Si le report du TPS constitue une victoire partielle, l’avenir de milliers de Haïtiens reste suspendu aux décisions politiques américaines à venir.
Le plaidoyer de Fils-Aimé, bien accueilli dans certains milieux diplomatiques, doit désormais se traduire en résultats tangibles, tant à Washington qu’à Port-au-Prince.
Entre diplomatie, gestion de crise et mobilisation de la diaspora, le gouvernement haïtien tente de construire un équilibre fragile, dans un contexte international incertain et un pays toujours marqué par l’urgence humanitaire.