Ce 20 septembre, nous célébrons la naissance de Jean-Jacques Dessalines, celui que nous appelons avec fierté le Père de la nation. Mais si Dessalines est véritablement notre père, alors nous sommes les héritiers de son combat. Et tout héritier doit un jour répondre à cette question : qu’avons-nous fait de ce qui nous a été confié ?
Dessalines ne nous a pas laissé une simple portion de terre. Il nous a légué un pays arraché à l’esclavage, une liberté conquise au prix du sang et le droit de vivre debout sur notre propre sol. Avec l’Armée indigène, il a affronté l’une des plus grandes puissances militaires de son époque pour que ses enfants ne connaissent plus jamais les chaînes, l’humiliation et la domination étrangère.
Aujourd’hui, ses enfants célèbrent sa naissance. Nous publions son portrait, nous prononçons son nom et nous brandissons le drapeau qu’il nous a légué. Mais au-delà des hommages, aurions-nous le courage de lui montrer ce que nous avons fait de son pays ?
Pourrions-nous lui expliquer pourquoi tant d’Haïtiens sont devenus des réfugiés à l’intérieur de leur propre patrie ? Pourquoi des familles fuient leurs quartiers, pourquoi des enfants ne peuvent plus aller à l’école en sécurité et pourquoi tant de jeunes ne rêvent que de partir ? Que lui dirions-nous devant nos institutions affaiblies, nos terres abandonnées, nos ressources mal administrées et nos divisions incessantes ?
Dessalines s’est battu pour nous laisser une terre libre. Pourtant, certains de ses enfants ne peuvent plus circuler librement sur cette même terre. Il a combattu pour rendre sa dignité au peuple noir, mais une grande partie de ce peuple continue de vivre dans la pauvreté, l’exclusion et l’humiliation. Il voulait construire une nation souveraine, tandis que nous dépendons encore trop souvent de l’étranger pour résoudre nos propres problèmes.
Et pourtant, nous ne pouvons pas rejeter toute la responsabilité sur les dirigeants. L’héritage de Dessalines appartient à chacun de nous : responsables politiques, élites économiques, citoyens du pays et membres de la diaspora. Chaque fois que nous choisissons nos intérêts personnels au détriment du bien commun, que nous alimentons les divisions ou que nous restons silencieux devant l’injustice, nous affaiblissons l’héritage qu’il nous a confié.
Être les enfants de Dessalines ne devrait pas seulement être une source de fierté. Cela devrait être une responsabilité. Honorer sa mémoire signifie protéger la terre qu’il nous a laissée, transmettre notre histoire, défendre la dignité de chaque Haïtien et travailler à reconstruire une nation où nos enfants pourront vivre sans peur.
Alors, en ce jour anniversaire, souhaitons-nous simplement bonne fête au Père de la nation ou sommes-nous prêts à répondre à sa question ?
« Mes enfants, qu’avez-vous fait du pays pour lequel je me suis battu ? »
Si Dessalines revenait aujourd’hui, serait-il fier de nous ? Verrait-il dans l’Haïti actuelle la nation qu’il avait rêvé de transmettre à ses descendants ?
Dessalines nous a donné un pays. À nous désormais de prouver que son sacrifice n’a pas été vain.
