vendredi, août 29

Environ un an après le déploiement de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) en Haïti, sept pays partenaires les États-Unis, le Canada, le Salvador, le Guatemala, la Jamaïque, le Kenya et les Bahamas appellent à une révision en profondeur de l’opération. Dans une lettre transmise au Conseil de sécurité de l’ONU, ils dénoncent une mission « sous-dimensionnée et insuffisamment équipée » face à l’emprise croissante des gangs armés sur Port-au-Prince.

Autorisée par le Conseil de sécurité en octobre 2023 et placée sous le leadership du Kenya, la mission avait pour objectif de soutenir la Police nationale d’Haïti (PNH) dans la lutte contre les gangs. Mais, sur les 2 500 policiers promis, seuls un millier ont effectivement été déployés, dont plus de 700 Kényans. Les renforts promis par plusieurs États ne se sont jamais matérialisés, faute de financements et d’engagements logistiques.

En outre, la mission peine à contenir les violences. Loin d’être affaiblis, les gangs ont étendu leur contrôle sur la capitale. Selon les Nations unies, près de 80 % de Port-au-Prince est aujourd’hui sous l’emprise directe de groupes armés, un chiffre en hausse depuis l’arrivée même de la force multinationale.

Depuis janvier 2025, les affrontements entre gangs et forces policières se sont intensifiés. Des attaques coordonnées ont visé des commissariats, des quartiers résidentiels et des infrastructures stratégiques. Le nombre de déplacés internes dépasse 700 000, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les hôpitaux et écoles, eux, fonctionnent de manière sporadique, souvent sous la menace des gangs.

Face à cette situation, les sept pays signataires de la lettre demandent non seulement un renforcement numérique et logistique de la MMSS, mais aussi un mandat plus robuste. Celui-ci permettrait de mener directement des opérations anti-gangs, au-delà du simple appui à la PNH. Ils suggèrent également la mise en place d’un bureau de soutien des Nations unies, chargé d’assurer la coordination et le financement de la mission.

Cette demande est au cœur de la réunion du Conseil de sécurité, ce jeudi 28 août, où le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et la directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, doivent présenter un état des lieux de la crise humanitaire.

Au-delà de la question sécuritaire, Haïti reste plongé dans une crise politique et humanitaire profonde. L’insécurité a paralysé l’économie, provoquant des pénuries alimentaires chroniques et un accès limité aux soins. Les ONG alertent sur une situation humanitaire catastrophique dans plusieurs camps de déplacés, aggravée par l’absence de services publics de base.

La survie même de la mission multinationale dépend désormais de sa capacité à se réinventer. Si la communauté internationale ne change pas de stratégie, la MMSS risque de connaître le même sort que les précédentes interventions en Haïti.

Share.
© 2025 Journal la Diaspora. Designed by Media Innovation.
Exit mobile version