À l’approche du 7 février 2026, la République d’Haïti se trouve à un moment de vérité. Cette date, loin d’être symbolique, marque une échéance constitutionnelle majeure : la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, telle que prévue par l’article 10 du décret l’ayant institué, sans possibilité de prorogation.
Dans un pays éprouvé par une crise multidimensionnelle, institutionnelle, sécuritaire, humanitaire, économique et morale que cette échéance pose une question fondamentale : comment éviter le vide, le chaos ou l’arbitraire, et assurer une continuité de l’État conforme à l’intérêt supérieur de la Nation ?
Il serait injuste, et historiquement inexact, d’ignorer les conditions exceptionnelles dans lesquelles le Conseil Présidentiel de Transition a exercé son mandat. L’insécurité aiguë, l’absence prolongée d’un Parlement fonctionnel, les contraintes institutionnelles profondes et la mise en œuvre incomplète de certains engagements internationaux ont objectivement limité l’action de la transition. Ces réalités sont connues, partagées et documentées.
Mais l’Histoire ne juge pas seulement les intentions. Elle juge les choix opérés dans les moments critiques.
Aujourd’hui, la responsabilité qui incombe aux Conseillers présidentiels dépasse la gestion du quotidien. Elle engage la préservation de la continuité républicaine, la stabilité institutionnelle, et la capacité de la Nation à se projeter vers un retour crédible à l’ordre constitutionnel.
C’est dans cet esprit que la Plateforme Haïtienne de Gouvernance de Transition (PHGT) ; une initiative citoyenne non partisane, de Haiti Pathway Forward, dans un cadre de concertation civique réunissant des Haïtiens d’Haïti et de la diaspora ; soumet une proposition de mécanisme ordonné de continuité institutionnelle pour la période post–7 février 2026.
Cette proposition ne vise ni la disqualification ni la polémique. Elle constitue une porte de sortie honorable, juridiquement soutenable et politiquement responsable, fondée sur trois piliers essentiels :
- La désignation d’un juge de la Cour de cassation comme Président de la République à titre transitoire, garant de la continuité de l’État ;
- La nomination d’un Premier ministre de transition, chargé de conduire l’action gouvernementale et de coordonner le retour à l’ordre constitutionnel ;
- La mise en place d’un organe de contrôle et d’accompagnement de la transition, composé de treize membres, incluant une représentation territoriale nationale et une représentation structurée de la diaspora (Amérique du Nord, Amérique latine et Caraïbes, Europe).
Cet organe aurait pour mission d’assurer la transparence, la redevabilité et l’inclusivité du processus ; de participer à la révision des propositions de réforme constitutionnelle ; d’actualiser les lois électorales ; et de superviser le chemin vers des élections libres, crédibles, inclusives et sécurisées.
La transition ainsi encadrée serait strictement limitée à trente-six (36) mois, non renouvelable, sauf circonstances majeures dûment constatées et rendues publiques. Cette durée n’est ni excessive ni dilatoire : elle répond à la nécessité de restaurer un minimum de sécurité nationale, de conduire des réformes sérieuses et de créer les conditions techniques et juridiques crédibles pour des élections authentiques.
En validant une telle approche, le Conseil Présidentiel de Transition aurait l’opportunité de conclure son mandat avec hauteur, en organisant une transmission institutionnelle ordonnée, en préservant la dignité des institutions, et en posant les fondations d’un retour apaisé à la légitimité démocratique.
L’Histoire retiendra non seulement ce que la transition aura accompli, mais surtout la manière dont elle aura su passer le relais.
Dans les périodes sombres, le leadership ne se mesure pas à la durée du pouvoir, mais à la capacité de préserver l’État, d’éviter le pire et d’ouvrir un chemin responsable vers l’avenir. Ayïti attend, non des discours, mais un acte de maturité historique.
Fritz Clairvil
