Haïti a reçu près de 5 milliards de dollars de transferts de sa diaspora, soit une hausse d’environ 20 % par rapport à 2024, a confirmé le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel. Ces flux massifs témoignent non seulement de la solidarité des Haïtiens vivant à l’étranger, mais aussi de la fragilité de l’économie nationale, largement dépendante des envois de fonds plutôt que de la production locale, de l’investissement ou de la fiscalité.
« Ces transferts vont principalement aux ménages, soutenant la consommation quotidienne et maintenant une activité minimale », a expliqué le gouverneur. Ce qui remplacent, dans les faits, des politiques sociales qui font défaut et servent de filet de sécurité informel pour la population.
Les transferts contribuent également à alimenter le marché des devises et à renforcer les réserves internationales de la BRH. Fin 2025, le pays disposait de 1,6 milliard de dollars en réserves nettes de change et de 3,2 milliards de dollars en réserves brutes, soit l’équivalent d’environ six mois et demi d’importations.
Cette stabilité du taux de change, observée sur huit trimestres consécutifs, repose largement sur l’intervention de la Banque centrale grâce aux devises apportées par la diaspora.
Pourtant, cette stabilité masque une réalité préoccupante l’économie haïtienne reste structurellement faible et incapable de se développer par ses propres moyens. La croissance dépend de la consommation financée par les transferts plutôt que d’une production locale soutenue.
Selon M. Gabriel, 2025 marque la septième année consécutive de contraction du produit intérieur brut (PIB), avec une baisse cumulée de 16 % depuis 2018. Tous les secteurs ont été touchés, mais l’agriculture a particulièrement souffert, passant de plus de 40 % de la valeur ajoutée nationale à moins de 17 %.
La crise sécuritaire a réduit les zones de production, renforçant la dépendance aux importations et augmentant le coût de la vie. « Sans une coordination efficace et des mesures économiques et politiques appropriées, le retour au niveau économique de 2018 pourrait ne pas intervenir avant 2030 », a prévenu le gouverneur.
Un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID) souligne que Haïti est le deuxième plus grand bénéficiaire de transferts dans les Caraïbes, derrière la République dominicaine, avec 62,8 % des fonds provenant des États-Unis et 10,6 % du Canada. Ces flux représentent un soutien crucial pour le pays, mais ils révèlent aussi la dépendance de l’économie haïtienne à sa diaspora.
De l’avis du gouverneur, les transferts sans contrepartie représentent un facteur très important dans un pays comme Haïti où la population est très vulnérable et en situation de grande fragilité. Ils permettent à la population de répondre à des besoins de consommation, d’éducation, de santé, etc. En outre, les transferts sans contrepartie sont une source importante de devises pour Haïti. Ils comblent le déficit de la balance commerciale.
Si la solidarité transnationale permet à Haïti de maintenir une économie de survie, elle ne remplace pas des institutions solides ni des politiques publiques durables. La stabilité actuelle repose sur une variable extérieure, émotionnelle et non garantie : la fidélité de la diaspora. Une fragilité qui pourrait menacer le pays si ces liens se distendent ou si la conjoncture internationale se durcit.
En comparaison, en 2024, les transferts sans contrepartie vers Haïti avaient dépassé 4 milliards de dollars, soit une hausse de 9,5 % par rapport à 2023, selon la Banque de la République d’Haïti. Ces chiffres confirment la dépendance persistante de l’économie haïtienne à sa diaspora, qui continue de jouer un rôle incontournable dans le soutien des ménages et de la stabilité financière du pays.
Mederson Alcindor
