jeudi, janvier 22

À deux semaines de la fin de son mandat, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) semble vouloir reprendre la main sur le calendrier politique haïtien. Depuis le début janvier 2026, ledit conseil multiplie les opérations contre les gangs et engage des discussions avec les principaux acteurs politiques, alors que le pays attendait depuis longtemps des mesures concrètes pour rétablir la sécurité et préparer des élections.

Pour certains, cette accélération soudaine répond à une stratégie claire : se présenter comme indispensable et garder une place dans la transition, même au-delà du 7 février. Le CPT, qui avait été installé avec pour mission de stabiliser le pays et d’organiser des élections crédibles, a longtemps été critiqué pour son manque d’action. Les luttes internes, les scandales de corruption et les nominations controversées ont alimenté l’impression d’une gouvernance déconnectée des urgences nationales.

Ce n’est qu’en décembre 2025, à deux mois de l’échéance, que le CPT a ordonné des offensives plus musclées contre les gangs. Pour beaucoup, ce sursaut tardif ressemble à une mise en scène visant à démontrer une capacité de contrôle, juste avant de négocier sa place dans la suite de la transition.

Concertations politiques ou diversion stratégique ?

Le CPT a entamé le 18 janvier 2026, une série de rencontres avec des partis politiques pour discuter de l’après 7 février. Une initiative jugée tardive, alors que des discussions similaires auraient dû être lancées dès les premiers signes d’échec du processus électoral. Certains analystes y voient une nouvelle tentative d’afficher une bonne volonté et de créer un rapport de force favorable au conseil.

Lors de ces rencontres, des propositions internes auraient été évoquées, notamment par le Conseiller-Président Leslie Voltaire, membre du CPT. Il aurait suggéré de réduire le nombre de conseillers, passant de neuf à cinq, voire trois, tout en conservant les mêmes tête au sein de la nouvelle transition politique. Cette option alimente l’idée que le CPT cherche à rester dans le jeu décisionnel malgré son bilan jugé décevant.

Pour plusieurs acteurs politiques, cette stratégie repose sur deux piliers : une démonstration tardive d’efficacité contre la criminalité et une mise en scène de discussions politiques. En jouant sur l’urgence et la complexité du processus, le CPT tente de se présenter comme un acteur incontournable, tout en laissant planer le doute sur son départ effectif.

Avec ou sans le CPT, quelle issue pour la transition ?

Si certaines structures participent aux consultations, d’autres ont boudé les invitations, insistant sur le départ du CPT. Le regroupement politique G-10, dirigé par l’ancien Premier ministre Jean Michel Lapin, estime que les autorités actuelles ne sont pas en mesure de rester au pouvoir ni d’organiser des élections. Intervenu sur Magik 9, le 19 janvier, Lapin a indiqué que le groupement réfléchit à la situation depuis plusieurs mois et dénonce le retard des autorités sur les questions de sécurité et d’organisation électorale.

Dans ce contexte, le 7 février apparaît comme un tournant. Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir si le CPT parviendra à prolonger son mandat ou si la pression populaire et institutionnelle imposera un départ définitif. Pour l’heure, le doute demeure, et l’avenir de la transition reste suspendu à des négociations dont la crédibilité est de plus en plus contestée.

Rédaction Journal la Diaspora

Share.
© 2026 Journal la Diaspora. Designed by Media Innovation.
Exit mobile version