Haïti : Quand les jeux de pouvoir étouffent l’espoir d’une nation.
Le 7 février 2026 devait marquer un tournant décisif dans l’histoire d’Haïti. Vingt-deux (22) mois après sa création, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) arrive à son terme, laissant derrière lui un goût de cendres et de trahison. Alors que les gangs étendent leur empire de terreur, que la faim tenaille des familles entières et que l’État s’efface, ceux qui devaient guider la transition ont préféré se battre pour des strapontins. Pire : certains ont trempé dans la corruption, flirtant avec les mêmes forces du chaos qu’ils étaient censés combattre. Pire encore, la PNH et les autres forces de sécurité, l’armée entre autres, commencent à montrer une lueur d’espoir dans la lutte contre les gangs criminels armés.
Haïti : Un pays saigné et des dirigeants aveugles.
Les chiffres glacent le sang : plus de 800 vies fauchées en neuf mois ; plus d’un million et demi de personnes jetées sur les routes, dormant à ciel ouvert ; la moitié du pays en crise alimentaire aiguë. Port-au-Prince étouffe sous le contrôle quasi total des gangs. Et le mal s’étend : dans l’Artibonite, le grenier du pays, les bandits brûlent les récoltes, tuent les paysans, verrouillent l’avenir.
Face à cela, le CPT a donné le spectacle consternant de l’impuissance et de la division. Aucune élection, aucun plan sérieux pour reprendre le pays — seulement des discussions interminables, des egos surdimensionnés, et une incapacité crasse à agir.
Haïti : La trahison en costume-cravate. L’affaire Magalie Habitant et le CPT.
Et puis il y a l’indicible. Selon le journaliste Sanon, lors de la diffusion de son émission ¨Se sa nou vle¨ l’enquête sur Magalie Habitant a levé le voile sur un système pourri : des appels téléphoniques avec les chefs de gangs, des négociations pour acheter des armes, un réseau qui relie certains cercles du pouvoir aux assassins du peuple. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on, assis dans un bureau climatisé, marchander des munitions pendant que des enfants meurent sous les balles ?
C’est dans ce cloaque que certains ont cru bon, le 21 janvier, de tenter un coup de force : révoquer le Premier ministre Alix Fils-Aimé pour le remplacer par Alfred Métellus. Cinq signatures, à quelques jours de la fin du mandat du CPT, ont voulu précipiter le pays dans une crise institutionnelle de plus. Une manœuvre indécente, rejetée d’un seul souffle par la communauté internationale (États-Unis, Royaume-Uni, Union européenne, Canada, France) et même désavouée par une partie du CPT lui-même.
Haïti, Fils-Aimé : un point d’ancrage dans la tourmente.
Dans ce chaos, une évidence s’impose : Alix Fils-Aimé doit rester. Pourquoi ? Parce qu’après des mois de gouvernance collégiale défaillante, Haïti a besoin d’une direction claire, d’un pilote identifié, d’un interlocuteur légitime face à la communauté internationale. Le CPT a démontré, par son incurie et ses divisions, que le pouvoir à plusieurs têtes, dans ce contexte de guerre latente, rime avec paralysie.
Fils-Aimé n’est pas un sauveur. Personne ne l’est dans ce marasme et ce bourbier socio-politique. Mais il représente aujourd’hui une forme de stabilité relative, vraiment relative, reconnue à l’extérieur, et surtout, il a montré avec le Chef de la police qu’un virement est en train de s’opérer afin de combattre les gangs à sapâtes. Vous diriez c’est peut-être qu’une illusion ou une farce mais en période de désespoir même l’eau sale peut éteindre le feu. Vous diriez aussi, sans l’ombre d’un doute, son maintien témoigne d’une violation de la souveraineté, mais l’on vous dira aussi qu’aujourd’hui, depuis la mort de Jovenel Moise, sans se voiler la face, l’international devient le maitre du jeu (elle l’a toujours été d’ailleurs). Elle distribue les cartes du pouvoir par des tweets, des réunions en Jamaïque et dans leurs bureaux en Haïti. C’est de ce haut lieu que le CPT a puisé sa légitimité. Contrairement dans les pays souverains où la souveraineté réside dans la légitimité des autorités et la force des institutions politiques, administratives, sociales et judiciaires.
• Alors, maintenir Didier, c’est refuser de céder au chantage des ambitieux qui voient dans l’effondrement du pays une opportunité de carrière. C’est aussi refuser de continuer à voguer à l’aveuglette dans un amalgame de neuf têtes qui a jeté la constitution aux poubelles de l’histoire.
Haïti, ne pas recommencer l’erreur
Prolonger le CPT ? Ce serait entériner l’échec. Créer un nouvel organe collégial ? C’est reproduire la même usine à gaz proposée par Montana, les mêmes rivalités stériles, bref du sur place dans l’effondrement. Confier le pouvoir à un juge ? Sans légitimité politique, sans lien avec l’exécutif, ce serait une coquille vide.
La seule issue réaliste, aussi imparfaite soit-elle, est de laisser le Premier ministre terminer le travail de transition, en lui donnant les moyens et la légitimité d’agir, sous le contrôle strict des institutions encore debout et de la pression citoyenne. Un pouvoir monocéphale, oui, car le temps n’est plus aux débats byzantins. Le temps est à l’action, à la coordination des forces de sécurité, à la distribution de l’aide, à la préparation minutieuse, et enfin sincère, d’élections.
Enfin, Haïti : Le peuple attend, et regarde
Haïti ne mérite pas cette mafia politique qui négocie avec ses bourreaux. Elle ne mérite pas ces petits calculs à l’heure des grandes tragédies. Ce qu’elle mérite, c’est un leadership qui assume, qui tient la barre sans se laisser distraire par les intrigues de palais.
Le 7 février doit marquer la fin d’un système, celui des conseils illisibles et des responsabilités diluées ; celui d’une structure budgétivore de neuf (9) Président.e.s et de Premiers Compagnes, de dix cabinets dont un pour le collège et rackets au plus haut niveau de l’Etat. Et le début, difficile, exigeant, d’une autorité qui se lève chaque matin avec un seul objectif : sortir le peuple de l’enfer. Alix Fils-Aimé, aujourd’hui, est cette autorité. À lui de prouver qu’il en est digne. Qu’il est redevable et fait fi de la corruption. À nous tous, en Haïti et au-delà, de le soutenir sans naïveté, mais avec la détermination farouche de ceux qui n’ont plus le choix.
Journal La Diaspora
