Le 7 février est passé, fidèle à sa réputation de date circulaire dans l’histoire politique haïtienne. Cette fois encore, il n’a pas marqué une renaissance institutionnelle, mais la fin officielle du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), au terme de vingt-deux mois censés conduire le pays vers la normalisation démocratique. Les élections attendues ne sont jamais venues, la sécurité non plus. En revanche, la confusion, elle, était bien au rendez-vous.
Dans un tumulte de communiqués contradictoires, certains membres du CPT ont tenté de révoquer le Premier ministre. La résolution devait-elle être publiée ? Fallait-il, au contraire, insérer dans Le Moniteur la correspondance du Chef du Gouvernement contestant la légitimité de cette décision ? La République s’est retrouvée suspendue à une interrogation surréaliste : quelle version officielle de la réalité devait être imprimée ?
Au milieu de ce désordre, le pouvoir exécutif s’est concentré entre les mains du Premier Ministre, devenu l’unique détenteur de l’autorité gouvernementale après l’expiration du mandat du CPT. La continuité de l’État a été proclamée. Le vide institutionnel, dit-on, a été évité. Mais une question demeure : la stabilité suffit-elle à fonder la légitimité ?
Le soutien explicite des États-Unis au maintien du Premier Ministre a rapidement dissipé toute ambiguïté. Ainsi s’installe un paradoxe troublant : une gouvernance qualifiée de souveraine, consolidée par une approbation extérieure décisive. L’indépendance, jadis conquise au prix du sang, semble désormais nécessiter une validation diplomatique pour respirer.
Comme si cela ne suffisait pas, un autre spectacle s’est imposé au regard national. Devant les grilles du pouvoir, des figures diverses se sont succédé : représentants autoproclamés, notables, citoyens en haillons, orateurs improvisés, tous prétendant incarner la solution aux maux du pays. Une scène particulièrement humiliante a marqué les esprits : une femme, debout devant une porte d’un des hôtels de la place, appelant à haute voix « Président ! Premier Ministre ! » comme si l’autorité pouvait surgir d’une invocation publique.
Ce n’était pas l’expression d’une simple excentricité. C’était le reflet d’un effondrement symbolique. Lorsque l’État devient si flou que chacun peut se projeter en alternative crédible, ce n’est plus seulement la communication officielle qui se déchire ; c’est la dignité institutionnelle qui vacille. Pendant que certains discouraient dans un langage décousu, persuadés d’être la voix du salut national, le pays, lui, cherchait encore quel communiqué devait être reconnu comme valide.
La fin du CPT aurait dû refermer une parenthèse exceptionnelle. Elle ouvre plutôt une ère d’autorité concentrée, appuyée sur des équilibres diplomatiques délicats et une légitimité populaire encore fragile. La souveraineté ne se proclame pas dans les communiqués. Elle se prouve par la clarté institutionnelle, la cohérence des décisions et l’adhésion du peuple.
Haïti mérite mieux qu’un théâtre administratif où l’on hésite entre révocation et maintien, entre texte publié et texte rejeté. Elle mérite une gouvernance qui n’ait pas besoin d’applaudissements étrangers pour affirmer son autorité ni d’incantations publiques pour exister.
La véritable indépendance ne se négocie pas en coulisses. Elle ne se fragmente pas dans des publications en lambeaux.
Si nous continuons à confondre agitation et leadership, validation internationale et souveraineté authentique, nous ne serons plus un État en transition. Nous serons une nation qui proclame sa liberté… pendant que d’autres en sécurisent les contours.
Isha, Fille d’Haïti
15 février 2026
