dimanche, mars 22

Paris-France, le 22 mars 2026
Par Rostonn Brutus
Il y a des initiatives qui naissent d’une conviction profonde et qui, très vite, deviennent des rendez-vous attendus, commentés, chéris. Cultures Croisées, organisée par Kecita & Co, est de celles-là. Ce samedi 21 mars 2026, à 19h30, la Villa a une nouvelle fois vibré au rythme de cette belle aventure culturelle, pour sa deuxième édition.
Derrière Cultures Croisées, il y a avant tout une personnalité. Kecita, chanteuse, animatrice et entrepreneuse accomplie, est une figure bien connue et respectée de la communauté haïtienne d’Île-de-France. Dotée d’une énergie communicative et d’un sens aigu de la convivialité, elle a su transformer une idée simple en un véritable événement culturel de référence. Son pari ? Créer un espace où l’art, la mémoire et la gastronomie haïtienne se rencontrent dans une même soirée. Car Kecita ne fait pas les choses à moitié : si l’on vient à Cultures Croisées pour la musique, on y reste aussi pour la table. Et quelle table ?
À 35€ la soirée, concert et buffet dînatoire inclus, Kecita offre bien plus qu’un spectacle. Elle offre une immersion. Les convives sont accueillis avec un repas authentiquement haïtien, préparé avec soin et fierté : griot croustillant à souhait, diri djondjon au parfum envoûtant, sauce pwa kongo onctueuse, lalo généreux. Autant de plats qui racontent une histoire, celle d’une cuisine riche, complexe, profondément ancrée dans l’identité du peuple haïtien. Dans la diaspora, manger haïtien est souvent un acte de résistance culturelle autant que de plaisir. Kecita l’a bien compris, et elle en fait une arme douce au service de la fierté collective.Cultures
Revenons à cette deuxième édition, tombée en ce jour de solstice de printemps. Kecita & Co avait invité Laura Clauzel, artiste à la croisée de la musique, de la poésie et du théâtre. Cette pianiste-chanteuse à la voix belle et habitée a tenu la salle en haleine tout au long de la soirée, maîtrisant son instrument avec une élégance naturelle et une sensibilité rare. Elle reprend des textes en anglais et en Français. Des chansons qu’elle a composées notamment celle dédiée aux femmes afghanes empechées, censurees et interdites à la parole libre et libérée.
Par ailleurs, la soirée avait également réservé une place de choix à la littérature. Louis-Philippe Dalembert, l’un des écrivains haïtiens les plus reconnus de sa génération, était aussi présent. Romancier au rayonnement international, auteur d’une œuvre saluée aussi bien à Port-au-Prince qu’à Paris, sa présence à Cultures Croisées a conféré à cette édition un cachet littéraire et symbolique particulier. Avec lui, c’est toute la puissance de la langue et de la pensée haïtiennes qui prenait place à la Villa Coulanges, en dialogue naturel avec la musique et la gastronomie réunies ce soir-là.
Dans ce cadre doublement chargé de sens, la présence de Dalembert d’un côté, le piano de Laura Clauzel de l’autre, l’interprétation d’un texte de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, Vogue Capitaine, a constitué le sommet émotionnel de la nuit. Portée avec conviction et délicatesse par Laura Clauzel, cette œuvre a su émouvoir un public pourtant exigeant. Un pont magnifique entre littérature haïtienne et musique française, entre les mots de Port-au-Prince et les salons de la banlieue parisienne.
Ces soirées bénéficient également de la présence précieuse du musicologue Amos Coulanges, compagnon de Kecita, qui assure parfois la présentation des œuvres et des artistes. Sa parole éclairée, sa connaissance encyclopédique de la musique haïtienne et universelle confèrent à chaque édition une dimension pédagogique et profonde. Avec lui, on n’assiste pas seulement à un concert. On comprend, on contextualise, on ressent mieux.
Au fil des éditions, Cultures Croisées s’impose comme bien plus qu’une soirée musicale. C’est un acte culturel, une affirmation identitaire, un lieu de rencontre entre artistes confirmés de toutes nationalités et une communauté haïtienne avide de culture et de reconnaissance. Dans une époque où la diaspora cherche à exister pleinement sans renier ses racines, l’initiative de Kecita résonne comme une réponse élégante et concrète. Elle dit, avec la force tranquille de ceux qui agissent plutôt que de discourir, que la culture haïtienne est vivante, rayonnante, et qu’elle a toute sa place dans le paysage culturel parisien.
Rendez-vous à la troisième édition.

Rostonn Brutus
Pour le journal la Diaspora, Paris.

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