dimanche, mars 29

Le vent marin balaie doucement la plage de Pointe Sable. Sous les cocotiers, les vagues déroulent leur écume avec la même régularité qu’autrefois. Pourtant, derrière cette carte postale, la réalité est plus rude. La coupure quasi permanente de la route nationale vers le Grand Sud, en raison de l’insécurité, a fortement réduit l’arrivée des visiteurs. À Port-Salut, commune balnéaire du département du Sud, chacun s’adapte pour continuer à vivre.

Le trajet pour rejoindre la ville reste incertain. Les blocages répétés sur la route nationale numéro 2 compliquent les déplacements depuis la région métropolitaine. « Avant, chaque week-end, on voyait descendre des familles entières de Port-au-Prince. Aujourd’hui, c’est rare », confie cette natif du département du Sud.

Une fois sur place, le contraste surprend. L’atmosphère demeure paisible. Les petites auberges accueillent les visiteurs avec simplicité. Sur la plage, des groupes de jeunes discutent à l’ombre des raisiniers tandis que des enfants éclaboussent dans l’eau peu profonde. Beaucoup viennent désormais des communes voisines, en quête d’un moment de répit plus que de vacances.

Sous un abri en planches, une marchande surveille son chaudron d’huile. Les beignets dorent lentement. « Les ventes ont baissé, c’est vrai. Mais on ne peut pas rester chez soi à attendre », dit-elle. Chaque matin, elle installe sa table avec l’espoir de voir arriver quelques clients. « Tant qu’il y aura la mer, il y aura du monde. »

Plus loin, un pêcheur raccommode ses filets. Il lève les yeux vers l’horizon, calme. « Le tourisme n’est plus comme avant, mais la mer ne nous abandonne pas », souffle-t-il. Le poisson frais continue d’alimenter les petites gargotes du bord de plage. Les revenus ont diminué, mais la solidarité aide à tenir.

Port-Salut a longtemps été une référence du tourisme balnéaire en Haïti. Ses longues plages de sable fin, sa végétation luxuriante et la chaleur de son accueil ont marqué des générations de visiteurs. Des troubadours ont chanté sa beauté, célébrant ses couchers de soleil et la douceur de vivre qui y régnait. Fondée en 1788, la ville doit son nom à l’anse qui offrait jadis un refuge sûr aux embarcations fragiles.

Au-delà de Pointe Sable, la commune abrite aussi la Cascade Touyac, réputée pour la limpidité de son eau et la force de sa chute. Beaucoup la considèrent parmi les plus belles du pays, la comparant parfois au Saut-Mathurine. Lors des périodes de fête, ces sites continuent d’attirer des visiteurs, notamment autour du 4 août, date de la fête patronale en l’honneur de Sainte Dominique.

Mais la commune reste vulnérable. Située en zone côtière, elle subit régulièrement les assauts des ouragans et les inondations provoquées par les raz-de-marée. Les habitants, appelés Port-Salviens et Port-Salviennes, ont appris à reconstruire après chaque tempête.

Aujourd’hui, la plus grande inquiétude n’est pas la mer, mais l’isolement. L’activité touristique, pilier de l’économie locale, fonctionne au ralenti. Les hôtels tournent en dessous de leur capacité. Les vendeuses de fruits, les marchands de boissons, les restaurateurs s’accrochent à une clientèle réduite.

Pourtant, au coucher du soleil, la plage se teinte d’orange. Des éclats de rire s’élèvent, portés par le vent. Port-Salut continue d’offrir ce qu’elle a toujours offert : un espace pour respirer, se retrouver, oublier un instant les tensions du pays. Ici, malgré les incertitudes, la mer reste fidèle. Et les habitants aussi.

Mederson Alcindor
Journal la Diaspora

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