mardi, août 11

Alors que nous accordons, à juste titre, une attention particulière au TPS (Temporary Protected Status — Statut de protection temporaire), je crois que nous devons également suivre de très près la précipitation avec laquelle on cherche à organiser des élections en Haïti.

Je sais, à la suite de conversations avec plusieurs amis et collègues, que certains estiment que des élections peuvent malgré tout être organisées en dépit de l’insécurité. Je ne partage respectueusement pas cette opinion. Dans les conditions actuelles, Haïti n’est pas prête à organiser des élections nationales crédibles.

Tout d’abord, il n’existe toujours pas de mécanisme véritablement opérationnel permettant à la diaspora haïtienne de s’inscrire et de participer au processus électoral. Parallèlement, plus de 1,5 million d’Haïtiens ont été déplacés, dont beaucoup se trouvent loin des communes dans lesquelles ils devraient normalement voter lors des élections locales. D’importantes zones parmi les principaux centres de population du pays demeurent affectées ou contrôlées par des groupes armés, ce qui soulève une question fondamentale : comment la population pourra-t-elle se rendre aux bureaux de vote en toute sécurité ?

Nous devons également nous souvenir de notre histoire électorale. Bien avant que le pays n’atteigne le niveau extraordinaire d’insécurité que nous connaissons aujourd’hui, la participation aux dernières élections nationales était déjà extrêmement faible. Si le taux de participation n’était que d’environ 14 % dans des conditions sécuritaires nettement meilleures, que pouvons-nous raisonnablement espérer aujourd’hui ? Une élection organisée alors qu’une grande partie de la population est dans l’impossibilité de participer ou a peur de le faire risque de produire un gouvernement dont la légitimité sera immédiatement remise en question.

Cela m’amène à une question plus fondamentale :

Pourquoi substituons-nous les élections à la sécurité ?

Les élections ne créent pas automatiquement la stabilité. Elles ne rouvrent pas les écoles. Elles ne reconstruisent pas les hôpitaux. Elles ne permettent pas aux familles déplacées de retourner dans leurs foyers. Elles n’éliminent pas les gangs et ne rétablissent pas la liberté de circulation.

Une autre question doit également être examinée ouvertement : quels intérêts sont servis par l’accélération du processus électoral dans de telles conditions ? Une enquête menée par Haiti Pathway Forward (HPF) et des organisations partenaires a soulevé de sérieuses préoccupations concernant les liens entre la situation sécuritaire, les entreprises étrangères de sécurité, les contrats gouvernementaux et la pression visant à installer un gouvernement élu qui serait en mesure de valider des accords à plus long terme. Ces questions méritent transparence, examen public et reddition de comptes.

Mais surtout, nous devons nous demander :

En quoi la tenue d’élections aujourd’hui changerait-elle réellement, dès demain matin, la terrible réalité que vivent les Haïtiens ?

À mon sens, Haïti a besoin d’une période clairement définie de stabilisation et de bonne gouvernance — peut-être trois ans — assortie d’objectifs précis et mesurables : contenir et démanteler les gangs ; rétablir la sécurité et la liberté de circulation ; offrir des possibilités de logement et de réinstallation aux familles déplacées ; reconstruire les écoles et les hôpitaux ; réhabiliter et élargir les axes routiers essentiels ; et réparer ou remplacer les ponts en état de détérioration.

L’état de nos infrastructures constitue en lui-même une urgence nationale. Il est inconcevable qu’une si grande partie du Sud dépende d’un seul axe routier principal pour être reliée à Port-au-Prince. Partout dans le pays, des ponts se détériorent. Le pont de la Momance, près de Léogâne, n’est qu’un exemple d’une infrastructure que l’on ne peut tout simplement pas continuer à ignorer pendant que la classe politique concentre presque exclusivement son attention sur les élections.

Peut-être cette crise offre-t-elle également à Haïti l’occasion de repenser sa gouvernance durant la transition. Puisque le pays fonctionne déjà en dehors de l’ordre constitutionnel normal, nous devrions sérieusement débattre de la mise en place d’une structure transitoire davantage axée sur la responsabilité et la reddition de comptes : un Organe de Contrôle — ou Comité de Suivi, d’Évaluation et de Reddition de Comptes — accompagné d’un exécutif dirigé par un Président assisté d’un Vice-Président, le tout fonctionnant dans le cadre de mandats clairement définis, d’échéances précises et d’indicateurs de performance mesurables.

L’objectif ne doit pas être une transition indéfinie. L’objectif doit être de créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections auxquelles les Haïtiens pourront réellement participer, auxquelles ils pourront faire confiance et dont ils pourront respecter les résultats.

La sécurité d’abord.
La reconstruction institutionnelle.
Les infrastructures.
La réinstallation des personnes déplacées.
La reddition de comptes.
Ensuite, des élections crédibles.

Haïti n’a pas simplement besoin d’un nouvel arrangement politique. Haïti a besoin d’un leadership suffisamment audacieux pour rompre avec le statu quo, restaurer des institutions fonctionnelles et engager véritablement le pays sur la voie de la stabilité et de la prospérité.

Fritz M. Clairvil
Washington, Le 10 Aout 2026

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