samedi, août 22

Une question mérite aujourd’hui d’être posée : que reste-t-il du consensus politique qui avait permis à Alix Didier Fils-Aimé de se maintenir à la tête du gouvernement après le 7 février 2026 ?

Quelques mois plus tôt, plusieurs partis et regroupements politiques avaient participé à un accord destiné à éviter un nouveau vide institutionnel et à créer les conditions nécessaires à l’organisation des élections. Parmi les forces engagées dans cette dynamique figuraient notamment Fanmi Lavalas, EDE, ASE, ainsi que plusieurs autres organisations politiques.

À l’époque, l’objectif affiché était relativement clair : assurer une certaine stabilité politique, améliorer la situation sécuritaire et conduire le pays vers des élections.

Aujourd’hui, le paysage est différent.

Plusieurs de ces formations se sont inscrites auprès du Conseil électoral provisoire. Elles participent au processus électoral et certaines disposent désormais du numéro qui les identifiera durant les élections.

Autrement dit, elles sont déjà engagées dans la course.

Pourtant, parallèlement, plusieurs voix issues de cette même classe politique insistent désormais sur une condition : pas d’élections sans sécurité.

Sur le fond, cette exigence est difficilement contestable. Comment organiser des élections réellement nationales lorsque des territoires restent sous le contrôle de groupes armés, que des populations ont été déplacées et que la libre circulation demeure problématique dans plusieurs zones ?

Mais politiquement, cette position soulève une question beaucoup plus délicate.

Une démarcation politique est-elle en train de s’opérer ?

Ceux qui avaient accepté qu’Alix Didier Fils-Aimé conduise cette phase de la transition semblent aujourd’hui placer devant lui l’une des conditions les plus difficiles à satisfaire : rétablir suffisamment la sécurité pour rendre les élections possibles et crédibles.

Et c’est là que la situation devient particulièrement intéressante.

Car la sécurité n’est pas une nouvelle revendication apparue à quelques semaines des élections. Elle faisait déjà partie des engagements politiques entourant le maintien du Premier ministre et la poursuite de la transition.

Les partis peuvent donc aujourd’hui soutenir une position relativement simple :

Nous avons accepté ce compromis pour permettre au gouvernement de créer les conditions nécessaires aux élections. Si ces conditions ne sont pas réunies, notre signature ne signifie pas que nous devons accepter des élections dans n’importe quelles circonstances.

Cette lecture leur permettrait de prendre progressivement leurs distances avec le gouvernement sans nécessairement renier l’accord qu’ils avaient signé.

C’est peut-être là que commence la véritable bataille politique.

Alix Didier Fils-Aimé face à une équation presque impossible

Le Premier ministre se retrouve dans une position particulièrement délicate.

S’il maintient les élections malgré une situation sécuritaire insuffisante, ses adversaires pourront lui reprocher de vouloir organiser un scrutin excluant de fait une partie de la population.

Mais s’il accepte de reporter les élections au nom de la sécurité, les mêmes forces politiques pourront lui reprocher de ne pas avoir accompli la mission pour laquelle cette transition avait été prolongée.

Dans un cas comme dans l’autre, la responsabilité politique risque de retomber sur le gouvernement.

C’est pourquoi il serait prématuré d’affirmer que les partis avaient tendu un piège à Alix Didier Fils-Aimé dès la signature de l’accord. Rien ne permet, à ce stade, de démontrer une telle intention.

Mais on peut légitimement se demander si le Premier ministre ne se retrouve pas aujourd’hui pris dans les contradictions du compromis qui avait consolidé son pouvoir.

Hier partenaires, demain adversaires

Il faut également rappeler une réalité fondamentale : un accord politique n’est pas une alliance électorale.

Des partis peuvent s’entendre temporairement pour éviter un vide institutionnel tout en restant profondément opposés sur le plan politique.

Et maintenant que les élections approchent, cette différence devient essentielle.

Fanmi Lavalas, EDE, ASE et les autres formations engagées dans le processus ne sont plus seulement des acteurs ayant participé à un compromis politique. Ils deviennent des concurrents qui doivent se positionner face au pouvoir en place.

Leur intérêt politique évolue donc.

Hier, ils avaient besoin d’un minimum de stabilité pour éviter l’effondrement de la transition.

Aujourd’hui, ils doivent expliquer aux électeurs ce qu’ils proposent de différent.

Et surtout, ils doivent éviter que les éventuels échecs du gouvernement — particulièrement en matière de sécurité — deviennent également les leurs simplement parce qu’ils avaient participé à l’accord.

La sécurité peut ainsi devenir la principale ligne de démarcation entre le gouvernement et certains de ses anciens partenaires.

Le paradoxe est encore plus profond

Les partis politiques sont inscrits.

Le processus électoral avance.

Des numéros électoraux ont été attribués.

Les candidats et les structures politiques commencent à se préparer.

Mais dans le même temps, certains des acteurs participant à ce processus avertissent qu’il ne pourra pas aller jusqu’au bout si la sécurité n’est pas garantie.

Cela crée une situation politique inhabituelle : on se prépare à participer à une élection tout en contestant les conditions dans lesquelles cette même élection pourrait se tenir.

Ce n’est pas nécessairement contradictoire. Un parti peut parfaitement se préparer à une éventuelle élection tout en exigeant qu’elle soit crédible.

Mais politiquement, cela lui offre également une position avantageuse : si les élections ont lieu, il est prêt ; si elles deviennent impossibles, il peut en attribuer la responsabilité au pouvoir chargé de créer les conditions nécessaires.

Et c’est peut-être là que se trouve le véritable danger politique pour Alix Didier Fils-Aimé.

Qui portera la responsabilité si les élections deviennent impossibles ?

Au fond, le débat pourrait bientôt dépasser la simple question : les élections auront-elles lieu ?

La véritable bataille pourrait être celle de la responsabilité.

Si la sécurité empêche une partie importante de la population de participer, qui devra répondre de cet échec ?

Le Premier ministre, parce qu’il dirige le gouvernement chargé de conduire la transition vers les élections ?

Le CEP, parce qu’il poursuit le calendrier malgré les difficultés sur le terrain ?

Les partis politiques, parce qu’ils ont participé au compromis ayant installé cette architecture ?

Ou l’ensemble des acteurs qui ont accepté un calendrier électoral avant que les conditions permettant réellement de l’appliquer soient réunies ?

C’est ici que l’accord politique pourrait prendre une signification totalement différente.

Le texte qui avait permis hier de rapprocher des adversaires pourrait devenir demain l’instrument avec lequel chacun cherchera à déterminer les responsabilités.

Il ne s’agit donc peut-être pas encore d’un « coup politique » prémédité contre Alix Didier Fils-Aimé.

Mais une chose devient de plus en plus visible : la période du consensus semble laisser progressivement place à celle de la démarcation.

Et lorsque des partis qui ont contribué à maintenir un gouvernement commencent à rappeler publiquement les conditions que ce gouvernement devait remplir, cela signifie généralement que la relation politique entre dans une nouvelle phase.

La question n’est alors plus seulement de savoir qui a signé avec qui.

Elle devient beaucoup plus importante :

qui acceptera de porter le bilan de la transition lorsque viendra l’heure des élections ?

Jean-Marc Dieudoné

© 2026 Journal la Diaspora. Designed by Media Innovation.
Exit mobile version