Le gouvernement haïtien a officiellement lancé, le 8 octobre 2026, le déploiement de la Force de répression des gangs lors d’une cérémonie organisée à la base Vertières, à Tabarre. Entouré des représentants des six pays contributeurs, du corps diplomatique et des Nations unies, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présenté cette étape comme le début d’une nouvelle offensive destinée à reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, protéger la population et rétablir l’autorité de l’État.
Cette cérémonie soulève néanmoins une interrogation légitime sur la portée du mot « lancement ». Autorisée par le Conseil de sécurité depuis le 30 septembre 2025, la FRG avait déjà entamé son déploiement opérationnel le 1er avril 2026, avec l’arrivée en Haïti d’un premier contingent de 400 soldats tchadiens. D’autres contingents se sont ensuite installés dans le pays et la Force a participé à des patrouilles ainsi qu’à des opérations conjointes avec les institutions haïtiennes de sécurité.
Le lancement officiel intervient donc plus de six mois après l’arrivée des premiers soldats. Entre-temps, l’insécurité n’a pas attendu les cérémonies : les gangs ont poursuivi leurs attaques, adapté leurs stratégies et étendu leur influence dans plusieurs régions. La levée des drapeaux peut symboliser l’unité et l’engagement de la Force, mais elle ne saurait, à elle seule, constituer le tournant annoncé.
L’enjeu commence désormais au-delà des discours et des démonstrations militaires. La crédibilité de cette nouvelle phase se mesurera à des résultats concrets : territoires effectivement repris, routes rouvertes, populations protégées, institutions rétablies et responsables criminels traduits devant la justice. Après plusieurs mois de présence sur le terrain, la population attend moins un nouveau commencement symbolique que la preuve tangible que l’État est véritablement en mesure de passer à l’offensive.
