Le Département de la Justice des États-Unis a annoncé, ce mardi 12 août 2025, l’inculpation du puissant chef de gang haïtien Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”, pour complot visant à violer les sanctions américaines qui lui sont imposées depuis 2020. Un acte d’accusation rendu public par un tribunal fédéral du district de Columbia le désigne comme fugitif, aux côtés de son co-conspirateur présumé, l’Américano-Haïtien Bazile Richardson, alias “Fredo” ou “Leo Danger”, arrêté le 23 juillet au Texas.
Selon le communiqué officiel du Department de la Justice américain, Chérizier et Richardson auraient orchestré un réseau de collecte de fonds aux États-Unis, en particulier auprès de membres de la diaspora haïtienne, pour financer les activités criminelles du gang “Viv Ansanm”, classé organisation terroriste étrangère par Washington. Les fonds auraient servi à payer les membres du gang et à acquérir des armes auprès de trafiquants en Haïti.
Le Département d’État américain offre jusqu’à 5 millions de dollars pour toute information permettant l’arrestation ou la condamnation de Chérizier. Les informations peuvent être transmises au FBI (1-800-CALL-FBI / tips.fbi.gov) ou au HSI (1-866-DHS-2-ICE / ice.gov/webform/ice-tip-form).
Les autorités américaines rappellent que Chérizier, ancien policier et leader de l’alliance criminelle G9 et alliés, est accusé de graves violations des droits humains, dont le massacre de La Saline en 2018 (71 morts, plus de 400 maisons détruites, viols collectifs). Les procureurs fédéraux soulignent que son influence alimente la crise sécuritaire et humanitaire qui ravage Haïti.
« Il y a une bonne raison à cette prime : il est responsable d’odieuses violences, y compris contre des citoyens américains », a déclaré la procureure fédérale Jeanine Ferris Pirro. Le FBI et le Département de la Sécurité intérieure affirment que cette inculpation est l’aboutissement d’une longue enquête internationale menée en coordination avec plusieurs agences fédérales et l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince.
L’acte d’accusation précise que tout accusé est présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été établie au-delà de tout doute raisonnable.
Cette annonce survient alors que de nombreuses voix en Haïti et dans la diaspora accusent Washington d’avoir contribué, par des décennies d’ingérence politique et de soutien à des acteurs locaux controversés, à l’effondrement des institutions et à la prolifération des gangs armés. Pour ses détracteurs, la prime de 5 millions de dollars offerte contre Jimmy “Barbecue” Chérizier illustre une politique américaine réactive et sélective : frapper fort contre certains chefs de gangs tout en fermant les yeux sur les racines profondes d’un chaos que les États-Unis ont, selon eux, largement contribué à alimenter.