Parmi les grandes figures du théâtre haïtien, un nom brille encore avec tendresse et respect : Ginette Monpremier Beaubrun. Connue de plusieurs générations sous le nom de scène « Mélanie », elle fut l’âme féminine de la mythique troupe Languichatte Debordus, portée par le talent inoubliable de son époux, Théodore Beaubrun.
Entre 1980 et 1991, Ginette Beaubrun a donné vie au personnage de Mélanie, la bonne insolente, rusée et attachante de la famille Debordus. Dans une Haïti marquée par les inégalités sociales, Mélanie devenait le reflet des femmes de maison, souvent invisibles, mais ici rendues lumineuses par la magie du théâtre. Avec plus de 200 épisodes à son actif, elle a fait rire, réfléchir, et éveillé les consciences.
Une actrice engagée, une femme de cœur
Ginette Beaubrun n’a jamais joué pour jouer. Son art portait un message. À travers le ton franc et le style bien à elle, elle a incarné une critique sociale déguisée en comédie, rendant hommage aux travailleuses domestiques et aux oubliés du système. Elle se plaisait à dire qu’elle puisait dans ses souvenirs d’enfance les mimiques des bonnes de sa maison natale.
Aujourd’hui encore, elle constate fièrement l’évolution de leur condition : « Autrefois, elles étaient sans voix. Aujourd’hui, elles ont un téléphone, elles parlent, elles existent. »
Un héritage difficile à préserver
Depuis la mort de son époux en 1991, Ginette Beaubrun a continué de faire vivre leur héritage commun. Mais entre l’oubli des institutions et le pillage commercial des archives, elle s’est souvent sentie seule dans son combat. « Teyat pa bay an Ayiti », dit-elle avec ironie. Pourtant, elle garde espoir. Son fils Ralph mène désormais les démarches pour faire reconnaître l’œuvre de ses parents à l’international.
Le théâtre comme souffle de vie
À 70 ans passés, Ginette Beaubrun rêve encore de scène. Mélanie vit toujours en elle, dans ses gestes, dans ses souvenirs, dans ses insomnies. Si l’âge la pousse vers des rôles de grand-mère, l’envie est intacte : « Je veux jouer, même vieille. »
Ginette Beaubrun n’est pas seulement une survivante de la troupe Languichatte Debordus. Elle en est le cœur battant, la mémoire vive, la gardienne d’un pan précieux de la culture haïtienne. En elle, c’est tout un théâtre populaire qui cherche encore sa place, sa reconnaissance, son avenir.
Et si Mélanie remontait sur scène une dernière fois ?