Dans le paysage haïtien du cigare, Pétion‑Ville a longtemps incarné l’espace réservé à une clientèle aisée et initiée. Des adresses comme La Cave à Cigares de mon ami Don Kalipe, présentée comme un « tabac spécialisé et vendeur de humidors, située dans le quartier huppé de Pétion‑Ville », ou Nasser’s Cigar Lounge, dont l’exclusivité a fait le tour des médias internationaux, y ont forgé une image d’accès restreint, presque confidentielle. Pourtant, depuis cinq (5) ans, une autre voix s’élève – non pas pour s’opposer à ces temples du cigare, mais pour en être le prolongement populaire, démocratique et accessible. Ce lieu, c’est Cigar Flair.
Là où les lounges traditionnels misent sur l’exclusivité et les produits rares, Cigar Flair a opté pour une stratégie délibérément humaniste et fraternelle. D’abord, installé à Bois Verna, loin des lumières ostentatoires de Pétion‑Ville, il a ouvert les portes de l’expérience du cigare à un public plus large : jeunes professionnels, classes moyennes, curieux qui n’osaient pas pousser la porte d’un club sélect. Ensuite, il a été contraint face à la situation insécuritaire, d’aller challenger les grands et traditionnels lounges de Pétion-Ville.
Sur les réseaux sociaux, il apparaît d’ailleurs aux côtés des autres acteurs du secteur, non pas comme un concurrent (à l’haiïtienne), mais comme un complément convivial.
Sa prouesse n’est pas d’avoir vendu des cigares, mais d’avoir créé un sanctuaire de rencontres et d’amitié. Ici, on ne vient pas seulement pour fumer un bon cigare ; on vient pour échanger, partager, tisser des liens. C’est cette ambiance décontractée, cette volonté de rendre l’élégance du cigare partageable, qui a permis à Cigar Flair de démocratiser une pratique autrefois perçue comme l’apanage d’une élite.
Cette famille tissée au cours des ans n’a cessé de grandir et de se renforcer. De se déconcentrer et de s’internationaliser. Les aficionados de Cigar Flair, malgré éparpillés à travers les différents coins du monde, trouvent toujours une action, un moment, un moyen d’inhaler la fumée d’un bon cigar provenant des caves de Cigar flair. Alors qu’aux USA, en France, au Canada et partout ailleurs les cigars se répandent et se vendent, bons ou mauvais; tabac ou pay kawòt, comme des petits pâtés chauds. Mais, ne se comparent pas aux flairs de Cigar flair. Dans leurs sacs, leurs valises, leurs poches; les aficionados de Cigar Flair trimbalent la fraternité, apportent l’âme d’Haiti et l’égregore haitien aux autres aficionados morts, exilés, meurtris, découragés et/ou vivant avec « le mal du pays » (Manno Charlemagne).
En cinq ans, Cigar Flair a ainsi écrit un chapitre nouveau dans l’histoire du cigare en Haïti : celui de l’accessibilité sans vulgarité, de la convivialité sans exclusion. Il a prouvé que le cigare pouvait être un vecteur de rassemblement social et un art de vivre qui s’offre à tous ceux qui y cherchent du plaisir, de la détente et de la rencontre.
En ce 23 décembre 2025, ramenant les 5 ans de Cigar Flair, je veux le souhaiter un Joyeux anniversaire.
Continuez à faire de la fumée un lien, et du cigare un bien commun.
Rostonn Brutus
