mardi, avril 14

À chaque tragédie correspond une douleur, mais aussi une opportunité.
Voici une vision qui pourrait devenir une proposition pour nourrir notre réflexion collective.

À la suite des événements tragiques récents, en observant les réactions de la majorité des Haïtiens face à l’accès et à l’utilisation de la Citadelle Laferrière, une évolution importante se dessine dans notre conscience collective.

Certes, ce site a toujours été reconnu comme un patrimoine national. Mais aujourd’hui, il est perçu bien au-delà d’un simple monument historique. Il s’impose comme un véritable temple de l’histoire et de la résistance haïtienne, un héritage collectif vivant, et surtout comme un espace sacré où l’âme de nos ancêtres continue de vivre, où la grandeur du peuple haïtien et son histoire continuent de s’exprimer et de dialoguer avec le monde.

Ce changement de regard est profond. Il traduit une transformation dans notre manière de nous percevoir en tant que peuple.

Dans ce contexte, il devient urgent que l’État haïtien, à travers le Ministère de la Culture, le Ministère du Tourisme et l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, prenne des mesures claires, structurées et durables afin de renforcer la protection du site, améliorer les conditions d’accès et faire de ce patrimoine un levier réel de développement économique pour la région.

Nous ne pouvons plus gérer un espace d’une telle importance sans vision. La Citadelle doit devenir un modèle de gouvernance du patrimoine national.

Dans cette perspective, l’accès ne doit plus être considéré uniquement comme un droit, mais également comme une responsabilité.

Il est temps de cesser de traiter la Citadelle Laferrière comme un espace ouvert sans préparation préalable. La visiter ne devrait pas être un acte banal, mais un privilège qui se mérite.

Ainsi, l’ensemble du processus de visite devrait être centralisé à travers une plateforme officielle du Ministère du Tourisme. Toute personne souhaitant visiter le site devrait soumettre une demande formelle, s’acquitter des frais requis et s’engager dans un processus structuré. Un délai minimum de 30 jours permettrait aux autorités d’examiner les demandes et d’organiser les visites dans des conditions optimales.

Après validation de la demande et du paiement, le visiteur aurait accès à une formation en ligne obligatoire. Celle-ci ne doit pas être une simple formalité, mais un véritable espace d’apprentissage. Elle permettrait de comprendre la valeur du patrimoine, l’importance historique de la Citadelle et les comportements à adopter sur ce site.

À l’issue de cette formation, un test d’évaluation serait requis.

En cas d’échec, l’accès ne serait pas autorisé. Le candidat devrait reprendre la formation et se représenter au test jusqu’à obtention du résultat requis. L’accès au site serait ainsi conditionné à la démonstration d’une compréhension réelle de sa valeur et des responsabilités qu’il implique.

Une question légitime se pose alors : qu’en est-il des personnes ne sachant pas lire ? Ce dispositif ne doit en aucun cas devenir un facteur d’exclusion. Un système alternatif devrait être mis en place, permettant à ces personnes de passer l’évaluation à l’oral, afin de garantir une approche inclusive et respectueuse.

Dans tous les cas, l’accès à la Citadelle Laferrière ne serait plus automatique. Même un citoyen haïtien pourrait ne pas y accéder s’il ne démontre pas une compréhension suffisante du lieu. La question n’est donc plus « qui a le droit d’entrer ? », mais plutôt « qui est prêt à entrer ? ».

Les visiteurs étrangers seraient soumis à une tarification plus élevée, tandis que les Haïtiens bénéficieraient d’un tarif préférentiel. Toutefois, cette différenciation ne concernerait que le prix : tous, sans distinction, devraient suivre la même formation, passer le même test et répondre aux mêmes exigences.

Une fois le test réussi, un certificat numérique serait délivré, autorisant la visite à une date précise. Ce certificat ne serait pas qu’un simple permis, mais un engagement, la preuve d’une compréhension du caractère sacré du lieu.

Par ailleurs, il est essentiel de reconnaître la douleur des événements récents. Dans cette optique, la création d’un mémorial sur le chemin menant à la Citadelle, en hommage aux victimes de la tragédie du 11 avril, constituerait un espace de mémoire et de recueillement pour les générations présentes et futures.

Aujourd’hui, la question n’est pas seulement de savoir comment visiter la Citadelle. Elle est plus profonde : quelle relation voulons-nous entretenir avec notre histoire, notre héritage et nous-mêmes en tant que peuple ?

Nous devons saisir ce moment de prise de conscience pour faire des choix courageux et porteurs de vision. Protéger ce lieu, organiser son accès avec respect et le mettre au service du développement du pays, sans jamais en trahir la valeur.

Car un peuple qui n’apprend pas à respecter son héritage finit toujours par perdre sa direction.

Par Louino Robillard, spécialiste en développement communautaire
13 avril 2026

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