jeudi, août 27

Au moins 3 050 personnes ont été tuées en Haïti pendant les six premiers mois de 2026, selon les données compilées par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti, le BINUH.

Ce nouveau bilan illustre l’ampleur d’une crise sécuritaire qui continue de provoquer des morts, des enlèvements et des déplacements massifs, malgré l’intensification des opérations contre les groupes armés.

Depuis le début de l’année 2022, plus de 21 000 personnes auraient perdu la vie dans le contexte des violences en Haïti. Le bilan annuel a continué d’augmenter au fil des dernières années.

Des civils tués pendant les opérations de sécurité

Parmi les personnes tuées au premier semestre de 2026, au moins 1 733 sont mortes pendant des opérations de sécurité, soit plus de la moitié du bilan total.

Le BINUH estime qu’au moins 229 d’entre elles étaient des civils sans affiliation identifiée à des gangs. Certaines auraient été atteintes par des balles perdues ou par des explosions alors qu’elles se trouvaient dans leur maison ou dans la rue.

Au moins 18 enfants figureraient également parmi les personnes tuées lors de ces opérations. Ces chiffres soulèvent des questions sur les mécanismes mis en place pour protéger les populations civiles et examiner les circonstances de ces décès.

Ils ne signifient pas que toutes les victimes ont été directement ciblées par les forces de sécurité. Ils indiquent cependant qu’elles ont perdu la vie dans le contexte de ces interventions.

Les enlèvements et les violences sexuelles progressent

Les enlèvements contre rançon ont augmenté de 47 % au deuxième trimestre de 2026 par rapport aux trois premiers mois de l’année. Au moins 81 personnes ont été enlevées pendant cette période, notamment des responsables publics, des policiers qui n’étaient pas en service, des entrepreneurs et des habitants de régions agricoles.

Les Nations unies préviennent que les chiffres réels pourraient être plus élevés. De nombreuses familles hésitent à signaler les enlèvements par crainte de représailles ou dans l’espoir d’obtenir plus rapidement la libération de leurs proches.

Le BINUH a également recensé 1 088 victimes de violences sexuelles depuis le début de l’année. La majorité des cas concerne des femmes, mais au moins 80 filles mineures et deux hommes figurent aussi parmi les victimes rapportées.

L’attaque de Kenscoff accentue les inquiétudes

La dernière attaque majeure contre Kenscoff a fait au moins 47 morts, dont cinq enfants, selon les Nations unies. Plus de 50 personnes ont été enlevées et 22 victimes auraient été exécutées dans l’enceinte d’une église où elles avaient cherché refuge.

Quelque 2 600 personnes ont été contraintes de quitter la zone à la suite de l’attaque. Certaines de ces familles avaient déjà été déplacées par des épisodes de violence antérieurs.

Kenscoff occupe une position stratégique au-dessus de plusieurs axes menant vers Pétion-Ville et vers le sud du pays. La commune a subi plusieurs attaques depuis 2025, malgré les engagements répétés des autorités à y renforcer la sécurité.

L’attaque a provoqué la colère d’une partie de la population, notamment parce que plusieurs victimes ont été tuées à proximité d’un commissariat. La Police nationale d’Haïti a annoncé une enquête afin d’examiner la réponse apportée à l’attaque. À ce stade, aucune responsabilité individuelle n’a toutefois été officiellement établie.

Une crise qui menace le processus électoral

Le Conseil électoral provisoire prévoit d’organiser le premier tour des élections générales et présidentielle le 13 décembre 2026. Un second tour et les élections locales sont annoncés pour le 21 février 2027.

Cependant, la réalisation de ce calendrier dépendra largement de l’évolution de la situation sécuritaire. Haïti n’a organisé aucune élection depuis 2016, tandis que les groupes armés ont étendu leur présence dans la capitale et dans plusieurs régions du pays.

La récente attaque de Kenscoff montre que certaines communautés demeurent vulnérables, y compris dans des zones proches des centres administratifs et diplomatiques.

L’enjeu dépasse donc la simple organisation matérielle du scrutin. Il concerne aussi la possibilité pour les électeurs, les candidats et le personnel électoral de circuler librement, de faire campagne et de participer au vote sans être exposés à la violence.

Les nouveaux chiffres des Nations unies replacent ainsi la sécurité au centre du processus politique. Avant de convaincre la population qu’un scrutin crédible peut être organisé, les autorités devront démontrer leur capacité à protéger les communautés, sécuriser les territoires et établir les responsabilités lorsque des défaillances sont signalées.

Redaction Journal la Diaspora

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