samedi, août 29

La réaction américaine se veut sans ambiguïté. Après la nouvelle attaque meurtrière qui a frappé Kenscoff, faisant 47 morts et plus de 50 personnes enlevées, Washington a publiquement appelé la Force de répression des gangs (GSF) à passer davantage à l’action face à l’expansion des groupes armés en Haïti.

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation haïtienne, Jennifer Locetta, représentante alternative des États-Unis pour les affaires politiques spéciales auprès de l’ONU, a employé des termes particulièrement sévères.

« La GSF n’a pas été créée pour publier des communiqués derrière les murs d’une enceinte ni pour dépenser notre argent pendant qu’Haïti souffre », a-t-elle déclaré, selon Reuters.

Cette déclaration intervient après l’attaque de Kenscoff qui a une nouvelle fois illustré la capacité des groupes armés à mener des opérations meurtrières jusque dans des zones stratégiques situées dans les hauteurs de la capitale.

Kenscoff, nouveau symbole de la crise sécuritaire

Selon les informations communiquées aux Nations unies, l’attaque a fait 47 morts, parmi lesquels des enfants. Plus de 50 personnes auraient également été kidnappées.

Au-delà du lourd bilan humain, Kenscoff représente un enjeu stratégique majeur. La commune se situe sur les hauteurs de Port-au-Prince, à proximité de Pétion-Ville, et contrôle plusieurs axes importants permettant notamment de contourner certaines zones de la capitale.

La progression des groupes armés dans cette région nourrit ainsi les inquiétudes sur leur capacité à étendre davantage leur influence au-delà de leurs bastions traditionnels.

Pour Washington, cette nouvelle attaque démontre précisément pourquoi la GSF a été créée.

Une force encore loin de sa capacité prévue

La GSF doit cependant composer avec une réalité importante : elle ne dispose toujours pas de l’ensemble des effectifs et des moyens prévus lors de sa création.

La force devrait à terme compter environ 5 500 membres. Or, les derniers chiffres communiqués par les Nations unies montrent qu’elle reste encore largement en dessous de cet objectif.

Cette situation place la communauté internationale face à une contradiction : demander des résultats rapides à une force qui n’a pas encore reçu tous les moyens humains, logistiques et matériels nécessaires pour remplir pleinement son mandat.

Washington a d’ailleurs parallèlement appelé les États ayant pris des engagements à accélérer leurs contributions en personnel et en équipements.

Plusieurs pays ont été évoqués pour renforcer la mission. Le Tchad, la Mongolie et la Côte d’Ivoire ont notamment accepté de contribuer, tandis que des démarches concernent également d’autres États, dont le Sri Lanka, le Bangladesh, la Jamaïque et le Guatemala.

Washington veut désormais voir des résultats sur le terrain

Le ton employé par Jennifer Locetta marque néanmoins une pression politique évidente.

La question n’est plus seulement de savoir si la communauté internationale soutient la GSF, mais si cette force sera effectivement capable de modifier le rapport de force sur le terrain.

Depuis plusieurs années, Haïti a vu se multiplier les réunions internationales, les résolutions, les annonces de financement et les promesses de renforcement sécuritaire. Pendant ce temps, les populations continuent de subir massacres, déplacements forcés, enlèvements et pertes de territoires face aux groupes armés.

La déclaration américaine semble donc adresser un double message.

Aux responsables de la GSF, Washington demande une présence et des résultats plus visibles sur le terrain.

Aux partenaires internationaux, les États-Unis rappellent également que les engagements annoncés doivent désormais se traduire par des contributions concrètes permettant à la force d’atteindre sa capacité opérationnelle.

La sécurité, condition incontournable des élections

Cette pression intervient également alors qu’Haïti tente d’avancer vers des élections prévues pour le 13 décembre 2026.

La persistance de l’insécurité constitue l’un des principaux obstacles au processus électoral. Plusieurs territoires restent difficiles d’accès, tandis que les déplacements massifs de population compliquent davantage l’organisation du scrutin.

Lors de son intervention devant le Conseil de sécurité, Washington a également accusé les groupes armés de chercher à empêcher les Haïtiens d’exercer leur droit de choisir leurs futurs dirigeants.

La capacité de la GSF et des forces haïtiennes à reprendre ou sécuriser certains territoires pourrait donc avoir des conséquences dépassant largement la seule lutte contre les gangs : elle pourrait directement influencer la possibilité même d’organiser des élections crédibles dans plusieurs régions du pays.

Après Kenscoff, une pression accrue sur la GSF

Le massacre de Kenscoff remet ainsi au premier plan une question qui accompagne depuis plusieurs mois la réponse internationale à la crise haïtienne : combien de temps faudra-t-il encore avant que les moyens annoncés produisent des résultats perceptibles pour la population ?

La déclaration américaine ne signifie pas que la GSF dispose déjà de toutes les ressources nécessaires et refuse d’agir. La force demeure encore incomplète et dépend largement des contributions internationales.

Mais le message envoyé par Washington est désormais difficile à ignorer : la création d’une nouvelle architecture sécuritaire internationale ne suffira pas à elle seule.

Après Kenscoff, les États-Unis veulent que les engagements, les financements et les résolutions se traduisent par une capacité réelle à agir sur le terrain, alors que pour la population haïtienne, la question essentielle reste la même : quand cette mobilisation internationale se traduira-t-elle enfin par davantage de sécurité ?

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