Seulement un peu plus de 10 % de l’électorat potentiel est actuellement inscrit sur le registre électoral. D’après le Conseil électoral provisoire, plus de 628 755 citoyens ont accompli cette démarche au 21 septembre 2026, malgré l’ouverture annoncée de 1 285 Centres d’inscription et de vote à travers le pays. Ce faible taux soulève une question fondamentale : est-ce réellement le peuple haïtien qui se désintéresse des élections, ou le gouvernement et les candidats potentiels qui ne sont pas encore parvenus à lui donner une raison d’y croire ?
On ne peut pas analyser ces 10 % sans tenir compte de la réalité quotidienne. Pendant que les institutions parlent de calendrier électoral, des familles vivent sous la menace permanente des enlèvements. Des élèves sont kidnappés, des professionnels vivent dans la peur et même des fonctionnaires de l’État ne sont pas à l’abri. Dans ces conditions, se rendre dans un centre d’inscription n’est pas une simple formalité administrative : cela peut devenir un risque pour sa sécurité.
La première responsabilité revient donc au gouvernement. Il ne suffit pas d’annoncer des élections, d’ouvrir des centres d’inscription ou de publier un calendrier. L’État doit garantir que les citoyens peuvent circuler, s’inscrire et voter sans craindre d’être enlevés, agressés ou pris au piège dans des affrontements. Une élection ne peut être véritablement libre lorsque la peur détermine qui peut participer au processus.
Les candidats potentiels et les structures politiques portent également une part de responsabilité. Où sont les projets capables de redonner confiance à la population ? Où sont les propositions concrètes concernant la sécurité, la justice, l’éducation, l’emploi, la vie chère et le retour des personnes déplacées ? Une liste de candidats ne constitue pas un projet de société, et les promesses générales ne suffiront pas à mobiliser une population profondément déçue par ses dirigeants.
Ces 10 % d’électeurs inscrits ne traduisent donc pas nécessairement un rejet de la démocratie. Ils peuvent surtout révéler une grave crise de confiance. Pour de nombreux citoyens, la priorité immédiate n’est pas de choisir un prochain dirigeant, mais de survivre, de protéger leurs enfants et de trouver de quoi vivre.
Avant de reprocher au peuple son manque d’intérêt, les autorités et les candidats devraient se poser la véritable question : qu’ont-ils fait pour convaincre les 90 % restants que les élections peuvent encore représenter une voie réelle vers le changement ?

