En Haïti, le début de novembre nous ramène à ceux qui nous ont précédés. Le 1er novembre marque la Toussaint, suivie le lendemain de la commémoration des défunts dans le calendrier catholique. Ces journées accueillent également les célébrations des Guédé dans la tradition vodou, avec leur propre sens spirituel et leurs rites.
Nous ne partageons pas tous les mêmes croyances. Mais beaucoup d’entre nous connaissent ce besoin de prononcer un nom, de raconter une histoire, de garder une photographie ou de transmettre à un enfant le souvenir d’une personne qu’il n’a pas connue.
Pour un Haïtien vivant loin du pays, cette mémoire traverse aussi les frontières. Une pensée depuis Montréal, une prière à Miami, un appel entre proches peuvent devenir une manière de se recueillir lorsqu’il est impossible de rejoindre une tombe ou de retrouver sa famille.
Dans un pays éprouvé par la violence, cette période porte aussi des douleurs difficiles à apaiser : celles des familles privées d’adieux, de celles qui attendent encore des nouvelles d’un disparu, de celles pour qui le deuil reste suspendu à une réponse qui ne vient pas.
Que signifie alors honorer nos morts ? Cela peut commencer par refuser de réduire leur existence aux circonstances de leur disparition. Ils ont aimé, travaillé, élevé des enfants, nourri des projets. Leur vie mérite d’être racontée dans toute sa dignité.
Cette mémoire nous engage également envers ceux qui restent : écouter une personne endeuillée, soutenir un enfant privé d’un parent, maintenir le lien avec une famille isolée. Ces gestes modestes donnent une place concrète à notre solidarité.
En ce 1er novembre, chacun peut se recueillir selon sa conscience. Et nous pouvons porter ensemble cette espérance pour Haïti : que chaque famille puisse se souvenir de ses morts en paix et voir ses enfants grandir en sécurité.
