Dans la nuit du 31 décembre dernier, à Delmas, un homme a perdu la vie. Une mort née non d’une menace avérée, mais d’un malentendu fatal, cet espace flou où certains confondent allègrement autorité et démonstration d’ego, protection et mise en scène, service public et spectacle armé.
Deux semaines plus tard, toujours en janvier, le décor change à peine. Une autre victime, les mêmes bourreaux. La répétition devient méthode, l’erreur se mue en habitude, et la PNH s’installe peu à peu dans ce rôle inconfortable, celui d’une institution qui ne se contente plus de faillir à sa mission, mais qui, par ses actes ou son inertie, contribue à l’écosystème de la terreur. Une terreur que l’on attribue aux « terroristes », pendant que d’autres, en uniforme, s’emploient à la banaliser, à la normaliser, voire à l’enseigner.
Pendant ce temps, la vie continue du moins essaie-t-elle. À Manhattan (Pétion Ville), la circulation s’apparente désormais à une expérience scientifique sans protocole. Les immondices disputent la chaussée aux véhicules, les trottoirs, lieu de circulation des piétons ont été généreusement cédés au commerce informel, et les motocyclistes surgissent avec la régularité poétique de grains de sable à Port-Salut. Quant aux agents chargés de rétablir l’ordre, certains semblent observer la scène comme on regarde un documentaire présents physiquement, absents fonctionnellement, convaincus sans doute que le chaos finira par s’auto-réguler.
À qui adresser les doléances, dans un pays où tout se règle à distance et par favoritisme ? En Haïti, même l’indignation est en télétravail. Même le dernier hommage se rend sur écran, non par modernité, mais par peur. La précarité est telle qu’elle confisque jusqu’au droit de pleurer ensemble.
Alors, Haïti, dis-nous : est-ce bien pour ce chef-d’œuvre d’improvisation permanente que tu t’es battue pour ta liberté ? Pour ce pays où l’on meurt par excès d’armes et défaut de conscience, où l’uniforme rassure moins que l’absence d’État ?
Si ce n’était pas cela, il serait peut-être temps de rappeler à certains que le pouvoir n’est pas un accessoire, que la force n’est pas un argument, et que l’histoire, elle, ne se met jamais en mode silencieux. Elle note. Elle attend. Et elle finit toujours par présenter la facture.
Isha, fille d’Haiti
22/01/2026


