mardi, septembre 8

Alors que les inscriptions électorales ont déjà commencé en Haïti, les modalités permettant aux citoyens haïtiens vivant à l’étranger de participer aux prochaines élections restent inconnues. Jerry Tardieu demande au Conseil électoral provisoire de publier rapidement un dispositif opérationnel afin que ce droit, reconnu par le décret électoral, ne reste pas une simple promesse.

Le droit de vote des Haïtiens vivant à l’étranger est prévu par les textes électoraux. Pourtant, à l’approche des prochaines élections, aucune procédure détaillée n’a encore été communiquée pour expliquer comment les membres de la diaspora pourront s’inscrire sur les listes électorales et voter.

Face à cette incertitude, l’ancien député de Pétion-Ville et responsable politique Jerry Tardieu a adressé, le 4 septembre 2026, une correspondance au président du Conseil électoral provisoire, Jacques Desrosiers. Il y demande au CEP de publier « dans les meilleurs délais » les modalités pratiques du vote à l’étranger.

Un droit reconnu, mais toujours sans mécanisme précis

Selon Jerry Tardieu, la participation de la diaspora aux prochaines élections constituerait une avancée démocratique majeure et même une conquête historique.

Cette possibilité est notamment garantie par l’article 384 du décret électoral ainsi que par l’article 17 du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Cependant, l’existence d’un droit dans un texte ne suffit pas à assurer son exercice.

Pour que les Haïtiens établis à l’étranger puissent réellement voter, le CEP doit encore répondre à plusieurs questions essentielles : quelles catégories de citoyens seront admissibles, quels documents devront être présentés, comment se déroulera l’inscription et dans quels pays ou quelles villes les bureaux de vote seront installés?

Il faudra également déterminer si les ambassades et les consulats seront les seuls lieux retenus, comment le personnel électoral sera recruté et formé, et quels mécanismes permettront de sécuriser le scrutin, de transmettre les résultats et de traiter les éventuelles contestations.

Le risque d’exclure une partie de la diaspora

Pour l’ancien parlementaire, tout retard dans la prise de décision augmente les risques d’improvisation, d’exclusion et de contestation.

Le processus d’inscription des électeurs ayant commencé en Haïti le 20 juillet, les citoyens vivant à l’étranger attendent toujours de savoir s’ils pourront effectivement participer au choix des prochains dirigeants du pays.

Jerry Tardieu souligne que la diaspora ne réclame aucun privilège. Elle demande simplement la possibilité d’exercer un droit politique qui lui est déjà reconnu.

Cette revendication est portée depuis de nombreuses années par des communautés qui, bien qu’établies à l’étranger, demeurent liées à Haïti et contribuent considérablement à sa vie économique, sociale et culturelle.

Des centres de vote dans les communautés haïtiennes?

Pour rendre ce vote possible, Jerry Tardieu recommande une coordination étroite entre le CEP, l’Office national d’identification, le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger ainsi que les représentations diplomatiques et consulaires.

Dans les pays accueillant une importante communauté haïtienne, mais ne disposant pas d’une ambassade ou d’un consulat suffisamment accessible, il suggère d’envisager l’installation de centres de vote dans des espaces communautaires. Une telle démarche devrait être organisée en collaboration avec les autorités locales des pays concernés.

Cette proposition permettrait d’élargir l’accès au vote, mais nécessiterait une organisation importante sur les plans administratif, logistique et sécuritaire.

Le CEP explore les possibilités à l’étranger

Le Conseil électoral a récemment indiqué que plusieurs de ses membres s’étaient rendus au Canada, au Brésil et au Chili afin d’examiner les possibilités de mise en œuvre du vote des Haïtiens vivant à l’étranger.

Ces démarches montrent que le dossier est à l’étude. Toutefois, le CEP n’a pas encore présenté de calendrier précis ni de dispositif complet permettant aux membres de la diaspora de connaître les conditions de leur participation.

Jerry Tardieu appelle donc l’institution électorale à transformer rapidement les dispositions légales en procédures accessibles et applicables.

Un enjeu de crédibilité pour les prochaines élections

Au-delà de la logistique, la participation de la diaspora représente un enjeu de crédibilité, d’inclusion et de transparence pour le processus électoral.

Permettre aux Haïtiens vivant à l’étranger de participer au choix du prochain président pourrait renforcer leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale et envoyer un signal en faveur d’une démocratie plus inclusive.

Cependant, sans règles précises, sans calendrier clair et sans moyens opérationnels, ce droit risque de rester théorique. Le CEP est désormais attendu sur les mesures concrètes qu’il compte adopter pour permettre à la diaspora haïtienne de faire entendre sa voix dans les urnes.

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