vendredi, septembre 11

Alors que le Conseil électoral provisoire affiche 551 675 électeurs inscrits, les 105 structures politiques agréées pourraient théoriquement cumuler 3,15 millions de fiches d’adhérents, de membres ou de sympathisants si elles satisfont toutes à l’exigence des 30 000 noms. Ces chiffres ne mesurent pas la même réalité, mais leur écart soulève une question essentielle : dans une élection, est-ce le nombre d’adhérents revendiqués par les partis ou la participation effective des électeurs qui confère la légitimité?

Le tableau de bord du Conseil électoral provisoire affichait 551 675 électeurs inscrits au moment de notre consultation. Ce chiffre étant actualisé en temps réel, il pourrait continuer à évoluer au fil des nouvelles inscriptions.

Cette donnée permet de mesurer l’avancement de l’opération électorale, mais elle doit également être mise en perspective avec une autre exigence du processus : chaque parti ou groupement politique souhaitant présenter des candidats doit fournir une liste d’au moins 30 000 membres, adhérents ou sympathisants.

Le CEP a agréé 105 structures politiques, réparties entre 88 partis politiques et 17 groupements. Aucun regroupement politique n’a été enregistré.

Si chacune de ces structures soumet une liste complète de 30 000 personnes, le calcul théorique serait le suivant :

  • 88 partis politiques × 30 000 = 2 640 000 inscriptions;
  • 17 groupements politiques × 30 000 = 510 000 inscriptions;
  • total potentiel : 3 150 000 fiches d’adhérents ou de sympathisants.

Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un total officiellement confirmé par le CEP. Ce chiffre représente le minimum théorique qui serait atteint si les 105 structures agréées remplissaient toutes l’exigence des 30 000 noms.

Qui sont les 551 675 électeurs actuellement inscrits?

Les données du CEP montrent une répartition relativement équilibrée entre les femmes et les hommes :

  • 273 101 femmes;
  • 278 574 hommes.

La tranche d’âge la plus représentée est celle des 39 à 48 ans, avec 124 056 électeurs. Elle est suivie des 29 à 38 ans, qui comptent 120 139 inscrits.

La répartition complète selon l’âge est la suivante :

  • 18 à 28 ans : 88 079;
  • 29 à 38 ans : 120 139;
  • 39 à 48 ans : 124 056;
  • 49 à 58 ans : 98 858;
  • 59 à 68 ans : 72 814;
  • 69 ans et plus : 47 729.

Ces chiffres montrent notamment que les citoyens âgés de 29 à 48 ans représentent près de la moitié des inscriptions enregistrées jusqu’à présent.

Une progression inégale selon les départements

Le Sud arrive en tête avec 86 183 électeurs inscrits, devant l’Ouest I, qui en compte 82 769, et la Grand’Anse avec 67 617.

Les données affichées par le CEP se répartissent ainsi :

  • Sud : 86 183;
  • Ouest I : 82 769;
  • Grand’Anse : 67 617;
  • Sud-Est : 58 767;
  • Nord : 46 899;
  • Nord-Ouest : 44 857;
  • Nippes : 44 722;
  • Centre : 40 899;
  • Nord-Est : 40 430;
  • Artibonite : 38 532.

Le tableau de bord fait également état de 1 283 centres d’inscription actifs sur un total de 1 418, ainsi que de 2 803 opérateurs actifs.

Un adhérent n’est pas nécessairement un électeur inscrit dans l’opération actuelle

Comparer directement les 551 675 électeurs aux 3,15 millions d’adhésions politiques potentielles serait trompeur.

Pour figurer sur la liste d’une formation politique, une personne doit notamment jouir de ses droits civils et politiques et disposer d’un NINU valide. Le décret ne précise toutefois pas clairement que chaque adhérent doit obligatoirement faire partie des citoyens nouvellement inscrits dans l’opération électorale actuelle.

Les listes politiques peuvent donc inclure des personnes déjà présentes dans l’ancien registre électoral, même si elles ne figurent pas parmi les 551 675 inscriptions affichées aujourd’hui.

Mais une autre question demeure : un NINU valide prouve qu’une personne existe; il ne prouve pas qu’elle a volontairement adhéré à un parti.

Combien de personnes uniques derrière les listes politiques?

Une même personne peut-elle apparaître sur les listes de plusieurs partis ou groupements? Le système empêche-t-il automatiquement les inscriptions multiples? Comment le CEP vérifie-t-il le consentement des citoyens dont le NINU est utilisé? Une personne peut-elle être comptée comme sympathisante d’une organisation politique sans le savoir?

Ces questions sont fondamentales, car les listes de 30 000 personnes sont censées démontrer la représentativité des formations politiques.

Si un même citoyen apparaît sur dix listes, le système pourrait enregistrer dix adhésions alors qu’il n’existe qu’une seule personne. Le nombre total de fiches reçues ne permet donc pas, à lui seul, de connaître le nombre réel de citoyens politiquement engagés.

Pourquoi le CEP doit-il clarifier les chiffres?

Le CEP doit publier le nombre de structures ayant effectivement soumis leur liste, le nombre total de fiches reçues, le nombre de NINU validés, le nombre d’identités rejetées, le nombre de doublons détectés et surtout le nombre final de personnes uniques.

L’institution doit également préciser si les 551 675 électeurs représentent uniquement les nouvelles inscriptions réalisées durant l’opération actuelle ou l’ensemble des citoyens figurant dans le registre électoral validé.

Cette clarification permettrait d’éviter les interprétations erronées et de vérifier si les formations politiques possèdent réellement la base populaire qu’elles revendiquent.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une fraude a été commise. Il s’agit de réclamer les informations indispensables à la transparence du processus.

Les adhérents qualifient les partis, mais les électeurs légitiment le pouvoir

Les 30 000 adhérents permettent à une structure politique de démontrer qu’elle possède une certaine implantation et de remplir une condition pour présenter des candidats. Mais ce ne sont pas les listes d’adhérents qui choisissent les dirigeants du pays.

Ce sont les électeurs inscrits qui, en se rendant effectivement aux urnes, déterminent les résultats et donnent sa légitimité au pouvoir issu du scrutin.

Un parti peut revendiquer 30 000 sympathisants. Il peut même présenter une liste techniquement conforme. Mais si ces personnes ne sont pas inscrites comme électeurs, si elles ne reconnaissent pas leur adhésion ou si elles ne votent pas le jour du scrutin, ce chiffre ne représente pas nécessairement une force électorale réelle.

La question centrale n’est donc pas seulement de savoir combien d’adhérents les partis peuvent inscrire dans une base de données. Elle est de savoir combien de citoyens pourront voter librement, en toute sécurité et en toute connaissance de cause.

Car une démocratie ne se construit pas sur le nombre de noms revendiqués par les partis. Elle se construit sur la volonté réelle des électeurs.

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